• Hybrides : un beau mariage, pour de beaux enfants.

    Cette rubrique présente une population exceptionnelle d’hybrides entre Ophrys insectifera et Ophrys aranifera, photographiée dans la Vienne, dans une microstation, à Lavoux. (86)

    Les photographies de cette page ont toutes été réalisées à Lavoux (86) sur une surface de quelques mètres carrés, au haut d’un promontoire de déblais de carrière. Ce sanctuaire porte une population mélangée d’Ophrys aranifera et d’Ophrys insectifera et tout un cortège de leurs hybrides tous plus beaux et plus insolites les uns que les autres.
    L’inévitable promiscuité sur cet îlot isolé n’est sans doute pas étrangère aux relations contre nature qui s’y sont déroulées par l’entremise des insectes pollinisateurs.

    Certes le croisement entre Ophrys aranifera et Ophrys insectifera n’est pas parmi les plus rares. Mais à la vue de leur progéniture, on est en droit de se poser quelques questions sur l’identité et l’originalité des parents qui l’ont générée.

    tableau 1

    Mais en quoi cette progéniture hybride est-elle si originale ?
    Rappelons pour comparaison ce que nous observons habituellement avec des parents « sans histoire »… ou presque, eux aussi présents sur le même site.

    tableau 2

    Alors que la macule d’Ophrys aranifera embrasse le champ basal du labelle par un collier péristigmatique, celle d’Ophrys insectifera est isolée au milieu du labelle et dépourvue de ce collier.
    Or on voit que l’hybride récupère ce collier. Comme me disait un jour Y. Wilcox avec beaucoup d’humour et de perspicacité « …l’hybridation leur remet des bretelles. »

    Pour ceux qui partagent ma vision sur la macule des Ophrys disons que l’hybridation restaure par complémentation le plan de base de la macule. Celui-ci est dégradé chez Ophrys insectifera par suppression du premier segment S1 de la macule et des deux segments S-1 et S-2 du collier. Alorsque chez Ophrys aranifera ce plan de base est complet et comprend et un collier S-2, S-1, et une macule S1, S2, S3, complets.
    Ce qui donne par croisement.

    [S-2, S-1, S1, S2, S3]  x  [S2, S3]    —>     [S-2, S-1, S1, S2, S3]
    O. aranifera         O. insectifera           Hybride

    On retrouve donc habituellement chez l’hybride une macule complète. (photo. 2 du tableau 1)
    Or la complémentation n’a pas eu lieu pour la plupart des hybrides de Lavoux. pour qui la macule reste isolée du champ basal.
    Il faut donc admettre que le parent, Ophrys aranifera était dépourvu, sinon des 3 segments S-2, S-1, S1, ou tout au moins du premier segment S1 de la macule, c’est à dire avait lui-même une macule isolée du champ basal, sans segment S1 proximal.

     [ S2, S3]
      O. insectifera 
    x [S2, S3]
      O. aranifera
    —–>[S2, S3]
     hybride


    Je n’ai pas eu à chercher longtemps pour retrouver les possibles géniteurs de cette superbe collection d’ hybrides, plusieurs prétendants d’Ophrys aranifera portant la caractéristique citée ou d’autres susceptibles d’expliquer certaines particularités de la descendance, se sont spontanément présentés à moi.
    En voici une galerie de portraits.

    tableau 3


    Voir réunie sur quelques mètres carrés une telle population d’hybrides et de parents si originaux est tout à fait exceptionnel et j’avoue que je suis resté un moment en extase, osant à peine lever le pied, conscient de me retrouver dans un sanctuaire, un peu comme un chien au beau milieu d’un jeu de quilles.

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